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Queyras – jour #3 N’en jetez plus !

C’est quand il a fallu se déplier le troisième jour que les choses devinrent sérieuses. Nos cuisses nous le dirent d’emblée avant même le petit-déjeuner copieux. Comme la veille, nous décidons de filer à l’anglaise (même si Simon nous a fait faux bond ce coup-ci) et de laisser deux heures d’avance à Damien et e-Didier. Nous décampons, laissons de côté une coupe (bien nous en a pris) pour suivre la trace fournie par Cyril pour s’extraire du village. Rapidement. Par le haut. Là où ça fait mal. Par la route. Et au bout de la route. Le portage.

On est partis depuis 10 minutes, on a avalé 100 mètres de dénivelé et nous voilà, au bout de la route, déjà pied à terre, vélo sur le dos. On se dit, à ce moment-là, que la putain de journée va être longue. Ce n’est pas comme si on avait encore 1 500 m de dénivelé devant nous avant de rejoindre le pied de l’Izoard. « Mais c’est roulant » avait dit Cyril.

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Queyras – jour #2. La tannée

Le lendemain, il faisait frais au pied de Saint-Véran. Didier et moi partons avant les deux autres zozos, bien plus rapides que nous. Il est un peu plus de 8 heures quand nous décollons et quittons la trace pour monter à Saint-Véran par la route, histoire de se ménager au pied de la plus grosse journée du séjour, environ 45 km et 1600 mètres de dénivelé avec deux points hauts à plus de 2 800 m. C’est plus haut que le Canigó.

Didier, mais ça, c’était avant Chamoussière.
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Queyras. Jour #1 Ça passe crème.

Ce devait être les Canaries en hiver, ce sera finalement le Queyras à l’automne. Et quelle bonne idée ! Nous voilà donc partis à la mi-octobre pour un mini-trip de quatre jours au creux des Alpes. Voilà qui nous promettait du changement, on nous annonçait du dénivelé facile à prendre, plus facile que dans nos Pyrénées, des sentiers aussi lisses et deux que la peau d’une pêche en plein été (spoiler : c’est mensonger). Bref, nous étions impatients. Le tracé ? Grosso modo, c’était une partie du Tour du Queyras, une belle ballade à faire en 5 à 8 jours avec la bagatelle de 12 000 mètres de dénivelé. Par (mal)chance, nous n’avions pas le temps de tout faire cette fois-ci, il nous faudra revenir pour finir, quel dommage. Pour autant, Cyril (Guil-e Bike) qui était chargé de l’orga et du transfert des bagages, avait modifié la trace pour nous permettre, en trois jours et demi, de toucher du doigt l’essence même du coin. Nous étions les Fabulous four. Si si.

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Je me suis trompé.

À la mémoire de Benjamin.

On se demande, je me demande parfois pourquoi je fais tout cela. Ces heures passées sur le vélo même quand ça fait chier, même quand il fait froid, même quand la tramontane beugle dans la jugulaire du casque, même quand il pleut. Ah, non, pas quand il pleut, faut pas déconner. Je me demande parfois pourquoi ces kilomètres, ces heures, sur ces sentiers connus par cœur où je tutoie chacun des cailloux à force de les croiser. Pour la compagnie me direz-vous. Pas faux. C’est important la bonne compagnie. On voit les copains, on bavarde, on déconne, on fait les braves, on oublie le reste deux heures durant, on suspend le temps, on se chatouille l’adrénaline, on parle de l’après. Du futur. Le futur, c’est justement ce qui nous fait rouler même quand il fait froid. Le futur, ce sont ces sorties, ces projets qu’on échafaude pour plus tard, qui vont mûrir à l’abri de l’hiver dans nos esprits féconds (et parfois très cons). Ces projets pour le printemps, l’été, l’automne qui viennent, ou l’année d’après, nous savons que nous avons le temps tout en sachant que tout peut s’arrêter demain, brutalement, par faute de pas de chance. Et tant pis si nous n’aurons pas tout fait, nous arrivons à des âges où la modestie s’impose. 

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Non au nucléaire.

Je rigole. Il ne sera pas question dans ce papier de l’EPR ou des centrales classiques, bien que je sois intimement persuadé que cette source d’énergie est aujourd’hui, à court terme, la seule à pouvoir nous aider à rester dans les clous des scénarios du GIEC. Je vous rappelle qu’on a déjà oublié les +1,5 °C et qu’on est aujourd’hui sur le scénario à +2 °C.

Non, c’est d’un sujet autrement plus polémique, c’est dire, dont je veux vous entretenir aujourd’hui.

Le vélo électrique.

Alors non, je ne passe pas à l’élec. Et non je ne suis pas en colère contre ceux qui passent à l’élec, mais cela ne m’empêche pas d’avoir un avis très tranché là-dessus et une position toute personnelle.

Profiter tant qu’il est encore temps et possible

On me demande souvent si mon vélo est électrique. Et ma réponse est invariablement non. On me demande aussi si je compte m’équiper, plus tard. Et là je réponds toujours non.

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Torgnole à l’Estanyol 2

L’idée date, celle-là aussi, de quelques années et avait donné lieu à une première tout à fait épique en 2021. Avec toujours cette idée de partir de la maison à vélo, d’aller dormir en montagne et de rentrer le lendemain. C’est à la mi-juillet que le projet fut mis à exécution pour cette « Torgnole à l’Estanyol » deuxième version, du nord vers le sud, et retour. Et cette année, nous ne sommes que trois, Nico, moi et un soleil de plomb comme pour la première édition. Pourquoi l’Estanyol ? Parce que c’est un refuge non gardé, une maison forestière, situé sur le balcon du Canigó qu’emprunte le GR10, que l’endroit et beau, calme et qu’une source fraîche et généreuse habille l’ambiance forestière de son babil incessant. L’année dernière, nous étions partis de bon matin, comme dans la chanson mais sans Paulette, pour rejoindre le refuge par une combinaison de pistes et de sentiers. 

Le balcon reste difficile mais c’est quand même plus roulant dans ce sens là !

Cette année, nous ferions plus directs en montant directement à Prat Cabrera pour rejoindre le balcon et le rouler dans le bon sens, enfin s’il existe un bon sens, dans le sens descendant en tout cas avant de nous poser au refuge. Et bricoler tout le lendemain en enquillant les beaux singles joueurs de la vallée de la Lentilla pour retrouver nos pénates.

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L’avantage des crêtes

Au loin l’horizon. L’avantage des crêtes, au moins quand on les arpente, c’est justement d’avoir toujours le lointain pour horizon et non les perspectives étriquées de nos vies laborieuses. Je ne sais plus si je l’ai déjà dit, mais j’ai toujours été fasciné par les frontières terrestres, encore plus quand elles s’incarnent dans le paysage. Donc je voulais aller y voir.

Les paliers de la Carança

J’avais quelques sauts à vélo du côté du Puigmal à mon actif, mais l’attention requise par le pilotage en ces endroits forts délicats à rouler rend difficile la contemplation, même si l’on s’arrête de loin en loin. C’est à pied que je me trouve le plus à même de profiter de ces endroits. Après un chouette et tonique tour des Pérics en trois jours en 2021, mon amie Anne m’accompagne pour cette nouvelle aventure de trois jours également qui va nous mener sur des sentiers que je connais à peine pour un bol d’air à nul autre pareil.

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24 heures chrono : Canigó, tentative #2

Vous allez finir par croire qu’on est maso. Mais vous avez peut-être raison. Parce qu’en effet, nous avons remis le couvert pour tenter, sans plus de succès, de partir à l’assaut du Canigou. Échaudés par l’aventure de 2021, nous jetons cette fois notre dévolu sur la crête du Barbet, si proche du sommet du Canigó qu’on croirait pouvoir le toucher du doigt et sur laquelle j’étais passé à vélo quelques semaines auparavant, en octobre. Cette année, les conditions n’ont pas été réunies avant début avril, soit tard en saison, mais la neige était tombée en abondance en début de printemps. Il y avait encore plus d’un mètre autour du refuge de la Jasse des Cortalets à 2 000 mètres d’altitude ! Pour la montée, ben c’était moins dur qu’en 2021, probablement parce que j’avais bien roulé depuis, sans vraiment faire de pause durant l’hiver grâce à l’équipe des riders de nuit qui bravent le froid avec moi… L’équipe avait un peu changé. À la place de Marie, bien contrainte de rester au chaud pour s’occuper de sa petite Charlie nous avons embarqué Micky Boy qui avait une revanche à prendre, mais c’est une autre histoire que je conterai plus tard…

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Le goût des embruns au printemps

Dans le genre de trucs à refaire, parce que celui-là, on est allé au bout, ça, c’est une belle histoire. Au début, il y avait cette idée qui me trottait dans la tête depuis un bail, depuis que je prends le train parfois pour aller à Montpellier et que mon regard peut se balader à travers les étangs et les lagunes pour profiter du lever du soleil ou, au contraire, de la lumière rasante des fins de journée, l’hiver, quand il fait froid et que la tramontane provoque des tempêtes de verre d’eau. Peut-être est-ce l’heure d’une confidence, j’aime ces espaces entre deux, largement indéfinis, aux contours mouvants que sont les lagunes méditerranéennes (mais probablement aussi toutes les autres, j’ai depuis toujours été attiré par les ambiances ouatées des marais. D’où, peut-être, mon appétence, osons le mot, l’amour que j’ai, pour la langue et les obsessions de Julien Gracq).

Observer le sable.

Bref, revenons à nos vélos, il y avait donc un bail que je rêvais de rouler sur la plage battue par les rouleaux qui s’étirent entre La Franqui et Port la Nouvelle. J’avais bien regardé la carte, il n’y avait pas de raison que cela ne passe pas. À condition d’être correctement chaussé, détail qui a son importance, vous le verrez plus tard. Il suffisait de trouver l’occase, comme souvent. Et c’est l’ami Giorgio qui nous l’a procuré nous indiquant une table qui valait le détour du côté de Treilles, dans les premières entrailles des Corbières, non loin de La Franqui, justement. L’affaire était dans le sac, la trace rapidement imaginée et la date calée. Au mois de mars. Cela a aussi son importance, vous le verrez plus tard.

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Un Barbet pas barbant

Le Barbet me faisait de l’œil. Depuis longtemps. Depuis chez moi. Depuis tous les endroits où je roule en fait, il est tout le temps sous mon nez et me nargue de sa superbe. Je l’ai vu de près pourtant, à pied, mais l’envie d’y poser les roues m’accompagnait depuis que d’autres s’y sont essayés. Mais pour aller là-haut, il faut une dose certaine de confiance en soi. Parce que c’est une tannée. Vous me direz, ce ne serait pas la première. Ce n‘est pas faux, mais je ne sais pas pourquoi celle-là m’intimidait. Peut-être pour l’avoir déjà parcourue à pied ? Possible. Il fallait un bon compagnon pour cette aventure et François était chaud patate. Il faisait beau en fin de saison, nous mettons donc notre dévolu sur les premiers jours d’octobre. Cerise sur le clafoutis, on combine ça avec la venue des amis de Montpellier Loïc et David qui nous rejoindront sur la trace. (Loïc était de ceux qui avaient manqué « la bifurque qu’il ne faut pas manquer » lors de la Torgnole à l’Estanyol du mois de juin. Il avait une revanche à prendre et ça tombait bien puisque nous repassions par là). 

Le Barbet ? C’est la crête à gauche du sommet du Canigó.

Bref. Je décide, pour limiter les manips de bagnole du lendemain de laisser la mienne à Vinça où je prends le train pour rejoindre François chez lui à Prades. De là, nous monterons en voiture au col de Jou, point de départ de la balade. L’idée du jour c’est de monter peinard au refuge de Mariailles, en guise de marche d’approche, d’y dormir et de partir au petit matin pour accomplir notre grand destin du jour, un bon plus 1 000 mètres de dénivelé tout ou presque en poussage ou portage et la bagatelle de 2000 mètres de dénivelé négatif derrière, dont 75 % sur single. Vous avez dit tentant ?

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Torgnole à l’Estanyol

Partir à l’Estanyol et revenir défait, penaud, éreinté. Il fallait bien cela pour marquer cette première dans nos histoires personnelles. Laissez-moi vous la conter. L’idée c’était d’aller bivouaquer en montagne avec un groupe de copains triés sur le volet pour leur bonne humeur et leur capacité à supporter mes lubies. La lubie du jour c’était de partir d’Ille sur Têt et de rallier la montagne à vélo. Question de bilan carbone toussa. En gros, la promenade s’étirait sur deux jours avec un premier jour quasi uniquement consacré à la montée et un deuxième en grande partie consacré à la descente, par notamment un des plus beaux sentiers du département (si si je suis objectif). J’avais étudié la trace, sur le papier tout était parfait, il n’y avait plus qu’à.

Un samedi matin de juin nous nous retrouvons donc avec les zamis (Didier, Loïc, François, Giorgio, Marc, Nico, Peter, Philippe) au bistrot le Platane pour un café avant de courir après notre destin. C’était tôt, sur le coup d’un mi-juin qui annonce les matins d’été sans buée. La météo promettait une journée chaude mais rien d’anormal, a priori, nos organismes de sportifs de bas niveau étaient en mesure d’affronter la journée. Très vite pourtant, il n’était même pas 9 heures, il nous a fallu nous rendre à l’évidence. L’affaire allait être compliquée à gérer. Arrivés au prieuré de Serrabonne, nous nous sommes tous réfugiés à l’ombre du bâtiment. Signe qui ne trompe pas.

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24 heures chrono. (Un Canigó sinon rien).

L’idée de départ n’est pas de moi, je tiens à le préciser, mais elle est belle. Aller toquer au sommet du Canigo en hiver.

Alors, le Canigo, c’est un peu notre jardin ici, 2 780 mètres et des poussières, il impose sa masse au-dessus de la plaine du Roussillon. Il suffit de tourner le regard vers l’ouest pour le voir. En été, le Canigo se grimpe en deux jours pour des randonneurs un peu entraînés, avec une nuit en refuge ou en bivouac selon les préférences de chacun. À la journée, depuis la fermeture des accès autour de 1 000 mètres d’altitude, ça fait une sacrée somme. Et une longue journée. En hiver, ce n’est plus vraiment de la randonnée, il faut avoir quelques connaissances du milieu montagnard hivernal et être un peu équipé. L’idée qui trotte dans la tête de Didier c’est donc de monter au Canigo en hiver et d’en faire la descente à ski depuis le sommet. Double effet kiss cool en somme. Et on peut rajouter le troisième effet cool, celui de décider de le faire en deux jours (après une tentative à la journée avortée juste après le départ la semaine précédente), donc de dormir dans un refuge pour faire l’ascension finale au petit matin. Et de profiter de la neige dure. On est quand même presque à la mi-mars et le printemps a tapissé la plaine de rose et de blanc avec la floraison des vergers d’arbres fruitiers.

Donc voilà le cadre. Pour l’approche, nous optons pour le vélo, notre dada habituel. Alors oui on va en chier à la montée parce qu’on sera chargés comme des mules avec la bouffe, le couchage, les raquettes, les crampons et plein de trucs utiles, c’est l’Anglais de service, Simon, qui monte le cubi d’antigel, mais au moins à la descente, on ne se flinguera pas les genoux, en plus de gagner un temps de fou. #Astuce

Plus libres de leur emploi du temps ce mercredi, Didier et Simon décollent du parking à 1 000 m en fin de matinée pour arriver au refuge avant la nuit. Le refuge, c’est une cabane de quatre places, à 2 000 mètres, que nous avons choisie en nous disant qu’on pourrait faire du feu (j’avais vérifié sur refuges.org) et qu’à quatre en plus de la cheminée, nous n’aurions peut-être pas trop froid la nuit. Pour Marie et moi, seconde moitié du quatuor, nous finissons notre journée de travail avant de prendre la fille de l’air sur le coup de 15 heures 30.

On ne va pas se mentir, quand on donne les premiers coups de pédale, on se demande ce qu’on fout là. Le sac scie le dos, il est encombrant, le vélo est lourd, je ne sais pas combien, peut-être 18 ou 19 kg contre 14 en temps normal ? Il embarque le couchage, le piolet, l’eau. Dans le sac il y a la bouffe et le pain, des fringues, sur le sac les raquettes et les crampons… Et devant nous, une bagatelle. Autour de 11 kilomètres et 1 000 mètres de dénivelé. C’est ce qu’on appelle dans notre jargon « un truc de bâtard », une « boucherie », et là où on n’est pas bien dans nos têtes, c’est qu’on la connaît bien cette piste des Cortalets, ses rampes infernales entre l’escale de l’ours et le tunnel, puis après le refuge de Balatg. Aujourd’hui en plus il y aura la neige mais sans qu’on sache à partir de quelle altitude… Bref. C’est le moment de tricoter sa patience, tu mets le nez sur le cintre, tu regardes ta roue, tu penses à ce que tu veux mais surtout pas à ce qu’il y a devant toi. Tout juste peux-tu te souvenir de géographie et des leçons sur l’étagement de la végétation en montagne.

Sur cette piste des Cortalets, il faut un moment pour que la forêt méditerranéenne laisse la place à la forêt de montagne proprement dite, mais la végétation évolue selon l’exposition. Vers 1 400 mètres, au bout d’une heure de grimpette, la lumière du printemps joue entre les résineux, il fait chaud, enfin, on a chaud, avant de basculer dans la vallée qui nous conduira vers le sommet. C’est une espèce de ventre froid, toujours à l’ombre ou presque, orienté au nord-est. En deux heures nous atteignons le refuge de Balatg à 1 600 mètres et des poussières en même temps que nous touchons la neige. C’est à l’ombre. Et ça caille. Mais la source coule, parfait pour refaire le plein d’eau avant d’attaquer la seconde partie du chantier. Il reste alors 400 mètres de dénivelé et peut-être trois kilomètres.

La neige conjuguée au mauvais état de la piste et à la pente rend la progression difficile, j’alterne roulage poussage jusqu’au départ de l’ancienne piste des Cortalets que nous allons emprunter pour shunter le col des Voltes qui n’a pas d’intérêt pour nous aujourd’hui. Le début de cette ancienne piste me permet de remonter sur le vélo malgré la neige, la pente est bien moins raide et il y a moins de cailloux. Marie file devant, son vélo électrique lui permet de franchir la neige sans problème. Pour moi c’est plus compliqué. Mon pneu arrière est peu cramponné, je perds vite l’adhérence et ça bouffe une énergie folle. J’ai fini par poser pied à terre au bout de la deuxième ou troisième épingle, je ne sais plus vraiment. Et j’ai continué l’ascension en marchant à côté du vélo, en le poussant. Cela permet aussi de conserver un peu de jus pour le lendemain.

Quatre heures après le premier tout de roue nous déboulons au refuge. Didier et Simon avait eu le temps de tout préparer, passer un coup de balai, aller chercher du bois, allumer le feu, c’était assez magique d’arriver dans cette cabane chauffée alors que le froid me mordait les oreilles depuis une paire d’heures (enfin m’aurait si Marie ne m’avait pas prêté un buff parce que je ne savais plus ce que j’avais foutu de mon bonnet). Bref, c’était l’heure de passer à table, on a fait griller la saucisse, le jambon sec, les poivrons, bu un coup, bien rigolé, puis sur le coup de 22 heures, nous nous sommes glissés dans nos duvets pour tenter de roupiller. Le feu crépitait dans la cheminée, c’était presque Noël !

Un semblant de nuit plus tard, nous voici debout, prêts à en découdre. Nous coffrons les vélos dans le refuge rangé, ôtons les axes des roues pour éviter toute surprise puis nous chaussons les raquettes et filons. Il fait très beau et pas froid. Bon les raquettes, ce n’était pas une bonne idée. Très vite nous sommes obligés de changer pour enfiler les crampons. La couche de neige récente, posée sur une semelle rosie par le sable du Sahara, ne tenait guère et nous faisait glisser dans le dévers. C’est là que ça a coincé pour moi. Les raquettes je connais un peu. Mais les crampons je n’avais jamais testé. Et je les avais à la fois mal réglés et n’avais pas compris comment les attacher correctement. Mes trois compères partis devant une fois chaussés, je me débattais pendant une quinzaine de minutes avant, pestant en solitaire, de décider de rebrousser chemin. Si c’était un problème de réglage, un outil pourrait m’aider, mais il était sur mon vélo… Et au pire, si je n’arrivais à rien, je m’occuperais du feu et attendrais au chaud. Mais bizarrement, je m’en suis sorti. J’ai réglé cette fois correctement les crampons et j’ai compris comment les attacher, enfin, comment faire circuler la lanière correctement pour qu’ils restent solidaires de la chaussure. Et je suis reparti, délesté en plus des raquettes. Ok, c’en était fini du sommet, mais il ne serait pas dit que je ne profiterai pas de la matinée. Je me suis mis tranquillement dans les traces de mes amis, profitant du silence, des premiers rayons du soleil pointant au-dessus de la crête…

Au replat, le fond du cirque en fait sous le sommet du Canigou, j’ai aperçu mes compagnons, 200 mètres plus haut qui en terminaient avec le mur qui conduit au Pic Joffre, enfin, ils avaient carrément visé au dessus ! J’avais l’impression qu’ils n’avançaient pas, mais en fait, je n’allais pas tarder à comprendre pourquoi. La pente. C’était drôlement raide. De ces pentes qui te font rentrer dans ta coquille, 30 pas, 15 secondes de repos, 30 pas, 15 secondes de repos. Il m’a fallu 50 minutes pour franchir cette difficulté et déboucher enfin sur la crête qui conduit au sommet. C’était beau, j’avais gagné ma journée !

On y voyait la crête frontière avec son pic du Géant, tout le massif du Carlit à 40 kilomètres de là, le Madres un peu plus près, et Andorre. Magique. Et en bas. Prades. Ne voyant personne, je continuais vers le sommet en profitant de ce moment, la neige était parfois rose des sables du Sahara, parfois glacée, parfois en train de fondre, parfois rose et glacée… Au bout d’un moment j’aperçus une silhouette en train de descendre du sommet. Me disant que mes compagnons n’allaient pas tarder, je renonçais à gravir la dernière bosse avant la pyramide et me posais au soleil pour les attendre. Le vent, soufflant pourtant de secteur sud, donnait un air un peu glacial à l’aventure. En fait, je me suis arrêté en gros à un kilomètre à vol d’oiseau (mais je ne suis pas un oiseau) et deux cents mètres de dénivelé. Assez rapidement mes compagnons sont arrivés, Didier a pu chausser ses skis. Il fallait bien ça pour gommer la peine d’avoir trimballé une paire de skis et les chaussures adéquates pendant toutes ses heures sur son dos ! Et surtout pour passer par dessus la frustration de n’avoir pu atteindre le sommet ! Arrivés au pied de la « pyramide » où trône le sommet, ils ont hésité, hésité, puis renoncé. Les conditions de neige dans la pente raide n’étaient pas bonnes et la crête inspirait autant confiance qu’un vieux cheval arthritique sur le retour. Nous laissant glisser dans la neige nous donc rejoint le refuge. Mangé un petit morceau. Fait sécher nos fringues. Et rempaqueté le tout. À midi, après avoir rangé, nous mettions les voiles. Un peu plus d’une heure après nous étions de retour au parking. Et deux heures après, j’étais rentré chez moi, pile 24 heures après en être parti. Avec deux questions.

Quand est-ce qu’on repart ? Et où est-ce qu’on va ?