@ Villefranche-de-Conflent, dans les Pyrénées, ride d’automne frais comme il faut, en 2009.
Retrouvez l’ensemble des photos sur la carte (dans le menu sous le titre du blog TrailOftheWeek).
Étrange. Lors du Roc d’Azur, MBF, qui défend l’intérêt du VTT en France, a inauguré un système curieux en plaçant le long du parcours des zones où les participants à cette grande épreuve de masse pouvaient se délester de leurs emballages ou déchets. Je comprends bien l’intérêt pour les organisateurs de courses et de randos d’avoir ainsi moins à galérer sur les traces pour ramasser les immondices, mais ce dispositif me semble contre-productif. Pour diminuer l’impact des vététistes sur le milieu naturel, c’est bien à une sensibilisation individuelle qu’il faut s’atteler. MBF a par ailleurs affiché des messages en ce sens sur le Roc à ce que j’ai vu que les réseaux sociaux et on ne peut que louer cette initiative.
Mais. Il y a toujours un mais. Offrir l’opportunité aux participants des épreuves de jeter leurs emballages en course ou en randos fait perdurer le geste. On jette sur un filet, certes, mais on jette. Alors qu’il faudrait simplement que chacun conserve sur soi ses emballages, ses tubes de gels vides, ses chambres à air percées… Quitte à installer de grandes poubelles à l’arrivée et sanctionner positivement les riders qui viendront se débarrasser de leurs déchets. Et mieux encore, de fournir au départ un petit sac qu’il est simple de glisser dans le camel ou dans la poche du maillot, pour éviter par exemple que les sucres, ou le latex, finissent de couler et collent tout alentour. Un petit sac qui permettront en plus aux plus zélés de ramasser ce que les autres auront laissé éventuellement. Moins il y aura de déchets sur nos traces, moins il sera facile de jeter. Je dis ça je dis rien.
On le sent arriver à pas de loup l’automne. Il fait encore beau et relativement chaud, pas loin de 25° quand le soleil s’impose, mais le matin frais, un léger hâle brun sur les feuilles des espèces à feuillage caduque qui couvrent les flancs de montagne et parfois, la brume, sont des signes tangibles. Nous partîmes tôt, quand l’aube n’était encore qu’une idée indécise dans notre Est pour être sûr d’attaquer la longue grimpette vers le refuge de l’Estanyol dès le début du jour. L’idée était d’aller saluer sur leur passage les coureurs de l’ultra-trail organisé ce week-end et qui franchissait le massif du Canigou.

L’automne pointe son nez, c’est la Lune qui nous l’a dit
Nous devions donc grimper de Valmanya jusqu’au GR10, une grimpette de 700 mètres de dénivelé que nous avons passé en devisant tranquillement, le temps d’aller, juste avant, s’enquérir auprès des chasseurs se préparant dans le village, de la zone où ils allaient traquer le sanglier, histoire de ne pas devenir gibier par imprudence.

Ultra costauds les coureurs de l’Ultra trail.
Une fois en haut, nous avons regardé passer quelques concurrents et concurrentes débouchant du balcon du Canigou sous le soleil, puis nous nous sommes engagés dans un sentier que je connaissais pour l’avoir emprunté il y a trois ou quatre ans, il était déjà fort encombré à l’époque. Une fois engagé dedans, ça avait l’air d’aller. C’est droit dans la pente au début mais sans piège et nous avions du grip. Puis la trace, qui devait nous faire perdre presque 300 m de dénivelé en un rien de temps, se stabilise un moment, c’est un grand mot, elle se fait ridiculement étroite et déjà les arbres lancent leurs branches gorgées d’eau en travers. C’est là que nous fûmes pris en chasse par une horde de petites guêpes passablement énervées, et probablement réveillées trente secondes auparavant par le passage sur leur nid, il est au milieu de la trace, de Loïc et Nicolas qui ouvraient la descente. J’ai tenté de passer rapidement, me disant que j’irai trop vite pour me faire piquer. Présomptueux je fus, la force elles avaient, le temps de traverser sans m’arrêter j’avais été piqué au moins sept fois. Malin, derrière moi, Marc fit un détour pour éviter les assauts, suivis par Giorgio, mais les guêpes avait compris, lui aussi fût piqué. Heureusement la fin du sentier, un vrai chantier, qui pourrait être magnifique s’il était simplement un peu débroussaillé, était farcie d’ortie dont la caresse virile sur nos mollets et nos cuisses allait disperser la douleur sur une zone plus importante de notre peau.
Ce fut l’heure alors de porter un peu le vélo pour atteindre les anciennes mines de la Pinouse, haut-lieu de l’histoire de la seconde guerre mondiale dans les Pyrénées-Orientales.

Aux mines de la Pinouse
De là, après avoir évoqué l’histoire de Julien Panchot, du maquis Henri Barbusse et du martyr de Valmanya, il était temps de nous engager sur le sentier qui nous conduirait à l’ancienne voie de chemin de fer. Celle qui permettait d’évacuer le minerai vers son destin.

Les nuages sont taquins
C’est un joli sentier, tout en balcon, que nous empruntons alors, avec de bonnes parties de descentes techniques et un poil humide, avec des racines et des pierres, allongées là lascives en travers, la hanche tendrement posée vers le dévers, l’oeil aguicheur, les feuilles en guise de cheveux, sirènes tranquilles nous prenant pour des Ulysses de pacotille.

Vous avez dit « balcon » ?
Elles eurent parfois raison de notre audace, mais nous avons fait bonne figure jusqu’à la voie de chemin de fer. Déboulé à toute vitesse, ce plat, surprenant à 1200 m, nous a conduit à l’entrée d’un sentier bien compliqué, un champ de guerre encore, mais de 14-18.

Le grand bordel sur la trace
La tempête a frappé là, arbres en travers, décrochés brutaux, ce n’est pas sans similitude avec les vestiges des champs de bataille lorrains.

Parfois c’est le sentier qui gagne !
Au col de Palomère, il restait le meilleur. Une trace en deux temps, follement rapide en longues épingles dans un premier temps, une trace de 15 centimètres de large avec un peu de gaz à gauche, ou à droite, c’est selon, tiens, un cèpe, et nous filions encore à toute vitesse.

Les sirènes étaient de sortie
Une brève remontée sur une centaine de mètres et paf, ça recommençait pour l’ultime run, un flanc tout à l’ombre permamente d’une exposition plein nord, une trace encore étroite et parfois, des patinoires cabossées de pierres moussues, des épingles infernales.

On a sourit après, parce que là, c’était holiday on ice 🙂
Et ce sourire sur nos faces réjouies.
Juste de retour sur le vélo après une petite blessure. Bon, je n’ai pas eu le temps de trop penser à rouler ces dernières semaines, occupé au taff, mais ça manque quand même. Nous avons fait un petit 25 kilomètres, avec plein de soucis mécaniques, quelques gamelles, la routine quoi. Et c’était bien. Je me disais l’autre jour dans le train qui m’éloignait avec joie de Paris, que ce n’est pas tant la sensation de l’effort qui me manquait. Peut-être comme cela peut se produire chez les coureurs à pied. Non, c’est plutôt simplement le fait d’être dehors, par tous les temps (catalans les temps, pas de pluie, faut pas exagérer), avec des potes, et de mettre les roues sur des sentiers pas banals. Ou bien, de tourner en rond autour du village pour entretenir les rêves des semaines suivantes et des points de mire que notre gourmandise nous fixe de loin en loin. Avec un peu de chance, dimanche matin, c’est Cadaques et le Cap Creus. Premier point de mire de l’automne. Je vous raconterai. Et en rentrant, sur la route, dimanche, juste devant moi est lièvre est parti. Nous avons ridé de conserve pendant deux cents mètres. Il a gagné. Il fut le premier au fourré.
Fin d’été, enfin, la rentrée approche, le temps libre va se réduire à peau de chagrin avec le retour aux tâches qui nous nourrissent. Et toujours cette manie, peut-être comme les marins, de chercher de nouvelles voies, de partir sur des traces peu fréquentées par les vélos, la patte de dérailleur au fusil. Comme si nous n’en avions jamais assez. Ou comme si le vélo nous permettait d’aller plus vite, plus loin, qu’à l’aide de nos simples pas, comme si gourmands nous étions du monde alentour.

Serions-nous gourmands de petits matin au soleil ?
Donc là,l’idée était née comme souvent d’une sortie récente, parce que nous sommes un peu frappés en effet, toujours à renifler un nouveau sentier, toujours à combiner un itinéraire comme les pièces d’un puzzle infini.

La lumière rasante nous laisse respirer pendant l’ascension.
En regardant la carte au retour de Mantet, on avait vu qu’il y avait un truc à faire, en partant de plus haut pour aligner plus de 1500 m de D-, ça valait le coup d’essayer. À 7 h 15 nous étions sur le vélo à 1800 m, au col de Mantet et démarrer par de la grimpette à cette altitude ça fait toujours bizarre. Le programme était simple, une bonne ascension sur piste en deux temps pour arriver à 2200 m, puis un parcours en crête, ou presque, pour atteindre 2400 m et basculer dans le d-. Simple.

La piste amène tranquillement à la Collada des Roques Blanques à 2200 m.
Nous avons avalé les 15 premiers kilomètres pour arriver à 2200 sans nous soucier des lendemains, en 1 h 45 pauses casse-croûte et photo comprises ! En haut c’est beau, la vue est quasi panoramique, jusqu’aux montagnes Andorannes d’un côté, de l’autre, la mer, les Albères, le massif de Montseny… Nous nous arrêtons le temps de souffler, grignoter un morceau, puis nous enquillons les Esquerdes Rotja, par le chemin balisé.

Ensuillons ! Enquillons, il en restera toujours quelque chose !
C’est là qu’était notre inconnue du jour. Nous ne savions comment ça roulait. En fait, ça roule assez bien. La trace est assez bien marquée une fois qu’on l’a trouvée, mais c’est balisé. La première partie roule bien et vite, on perd un peu d’altitude, avant d’arriver dans un merdier sans nom qui oblige à porter et pousser quelques minutes, le temps de traverser et retrouver la trace.

« Regarde le paysage tu oublieras que tu marches ! »

Sortir de la trace pour rester sur le vélo, indispensable

Soit tu roules, soit tu regardes les paysages faut choisir.
Ensuite, ça roule encore plutôt bien, à condition de sortir de la trace et d’anticiper suffisamment pour éviter les écueils du sentiers. Et ça monte. Sur la crête, entre les Esquerdes, on aperçoit le paysage, on commence d’entendre les marmottes, au loin.

Franchement, on a connu des jours plus difficiles
On s’arrête pour regarder le paysage, pour prendre quelques photos, c’est une traversée de rêve, qui nous conduit vers l’autre crête que nous avons en ligne de mire en permanence comme une tentation supplémentaire, s’il était besoin. À la Porteilla de Rotja, qui surplombe la source de la rivière éponyme, nous jetons un œil de l’autre côté de la crête à une trace qui file tendue pour s’enrouler lascivement dans la courbe de la vallée, promesse pour plus tard (à bientôt Costabonne !).

Promesse pour un autre jour, vers le Costabonna.
Puis nous attaquons le portage, l’ultime grimpette un peu sèche dans les pierres blanches pour arriver à la Mort de l’Escoula et se poser, face au monde, pique-niquer un peu après 4 heures d’efforts, des étoiles dans les yeux. Nous étions là à manger un morceau, le Canigou à main droite, le reste des Pyrénées à main gauche, et au milieu, un cap pour aller chercher 1500 m de descente. Une fois en haut, la trace s’évanouit, disparaît du regard, se fond dans le plaisir à venir. Bref, nous avions encore envie, grave.

Plus de traces. Au cap.

L’impression de toucher la liberté du bout du pneu.
La première partie de la descente ne descend pas en fait, ça ondule plus exactement, un bon moment, au milieu des blocs de pierre, dans l’herbe rase. Ça file, c’est bon.

Ondule tant que tu veux, nous, on roule !
Puis, au virage à gauche, on entre de plain-pied dans le très bon. Vite dans l’herbe au début, puis dans la forêt, blocs de pierre, racines, grip parfait sur le sentier sec, brutales ruptures de pentes, « rock garden » pour mettre un peu de piment, ça ne passe pas partout à vue pour nous, mais il y a de quoi se faire du bien, comme la cerise du Paris-Brest qu’on conserve sur le bord de l’assiette pour la fin avec le café.

Attention les dents, heureusement, c’était bien sec !
Au col à Mantet, pas de répit, nous plongeons direct dans la vingtaine d’épingles qui font l’entame de la descente du GR10 vers Py (déjà raconté là). Le reste n’est que bonheur, la trace est sèche, c’est la deuxième fois que nous la prenons, les marcheurs sont repartis vers la ville, la trace est à nous et nous en exploitons jalousement chaque instant à notre unique profit. Jusqu’en bas, au village, en sueur sous la chaleur d’août finissant, les bras douloureux. Heureux.