Un tour dans les Garrotxes (gin tonic ~ alcoholic)

(Il y a belle lurette que j’ai pris la plume pour coucher sur ces pages quelques récits, alors je m’y recolle)

L’idée c’était, comme je le fais depuis quelques mois, de partir deux jours, laisser le boulot à la maison et aller rouler avec les ami(c)s dans de beaux coins. Partir avec un slip une brosse à dents (ou pas) et avancer d’un point A jusqu’au point B, en boucle ou en ligne. Il y avait eu une Transgabatxie l’an passé en trois jours entre Carcassonne et Saint-Paul de Fenouillet, une exploration circulaire du pays de Sault au printemps, les deux sur trois jours, puis une deuxième Transgabatxie en tout début d’automne en deux jours et sur un parcours différent (Carcassonne – La Franqui). Et là, nous avons mis les voiles vers les Garrotxes et le parc naturel des volcans catalans de l’autre côté de la frontière.

Au départ je cherchais un truc en ligne, mais voyager avec des bus et un vélo n’est pas simple, nous allions donc tourner alentour d’Olot. Comme d’habitude, la première partie du voyage se joue sur la table à carte, enfin, aujourd’hui, les sites de partage de traces gps. De fil en aiguille, par Wikiloc, je suis tombé sur le site de Kolo et ses ami(c)s qui proposaient, décrites, une belle poignée de traces comme on les aime. Hop, les fichier.gpx récupérés, tous chargé dans le logiciel, j’ai tracé un truc pouvant correspondre à ce que nous cherchions. Puis j’ai averti Didier du lieu de séjour pour qu’il trouve un hébergement, c’est son taff (détail qui a son importance, vous le verrez plus tard…) !

Une fois la boucle tracée, une centaine de kilomètres pour 3000 mètres de D+ j’ai envoyé la trace au contact du site pour avoir éventuellement un retour sur la cohérence et la faisabilité du truc. Et Kolo a pris le truc à cœur, est monté sur son vélo pour adapter ce que j’avais fait, en parsemant les kilomètres de bijoux de sentiers (merci infiniment Kolo pour ce boulot !).

Bref, novembre, les jours sont calés, la météo bloquée sur le beau fixe, on file après avoir déposé les gosses à l’école, pour ceux de nous quatre (Didier, Simon, François et moi) qui en ont (des gosses). On s’arrête acheter un peu de pain à Olot, Didier en profite pour finir de préparer son vélo dans le parking. Même si c’est préparé avec minutie, les départs sont toujours intimidants, un peu, qu’est-ce qu’on a oublié, est-ce que tout va se passer comme on l’a rêvé ? La première partie nous fait prendre 500 mètres de dénivelé sur route que nous avalons tranquillement avant de nous vautrer une première fois sur la trace, prémices de nombreux écarts, avant de nous engager sur un sentier montant. Cela allait être le signe de la journée. Les sentiers montants, qui bouffent de l’énergie à n’en plus finir même quand il n’y en a plus. Et quand tu as au programme 36 km et 1 600 mètres de d+ à 80 % sur sentier, tu comprends qu’il va falloir rentrer en dedans pour aller au bout.

Très vite, après une première descente qui nous met la banane avec ses grosses dalles de pierre, Didier tombe sur un os, le plateau de 32 est un peu gros à emmener dans les sentiers, Simon, avec son 34, chantonne « gin tonic, alcoholic » (what a fuckin’ gimmick !) en poussant dès que ça monte un peu trop. François met un point d’honneur à rester sur le vélo le plus longtemps possible, de mon côté, je gère comme je peux, mais les batteries se vident comme un jour de grand froid. Alors qu’il fait si bon. On progresse, mais l’heure va plus vite que nous, nous nous arrêtons pour casser la croûte, il est 14 heures, il nous reste trois heures de jour, 1 000 m de dénivelé à prendre, je commence donc à calculer une solution de replis honorable, j’avais anticipé, au cas où.

Nous prenons la coupe, continuons de nous régaler sur des sentiers somptueux, ressemblant fort à celui de Casefabre pour ceux qui connaissent, c’est le pied total et nous déboulons à Sant Feliu de Pallerols sur le coup de 16 h 30. Sauvés, nous sommes ! Enfin, sauvés nous croyions être. Là, rêvant déjà d’une bière réparatrice, nos trois regards se tournent vers Didier pour lui demander où se trouve l’hôtel qu’il a réservé. Comme il ne sait pas, nous demandons à Google de nous indiquer le chemin. Et sans rire, google nous annonce 23 kilomètres et 29 minutes… en voiture.


Là, nos regards se portent tous ensemble sur le bâtiment qui trône au-dessus du village où nous sommes, bien 500 mètres plus haut et ça fait tilt. Le sanctuaire transformé en hôtel est là-haut et non dans le village où nous venons d’échouer.

Comme disait mon grand-père, ce n’était pas l’heure de tortiller du cul pour chier droit. Il nous restait 50 minutes de jour, fallait avancer. Je déniche une coupe par la forêt qui doit nous faire gagner un peu de temps, nous faisons un peu d’eau, remballons notre joie d’en avoir fini et attaquons cette ultime, mais belle, difficulté. Ça monte, on coupe par un champ où l’herbe est juste là pour cacher une source, on pousse encore un peu sur un sentier jusqu’à attraper une piste qui nous ramène sur la route qui conduit à l’hôtel. Et là, à mesure que nos pupilles se dilatent le jour s’évanouit sous les grands arbres. La montée se fait d’abord très tranquillement, Didier n’est pas mieux que deux heures avant, nous avançons coûte que coûte jusqu’à la bifurcation qui nous met sur le dernier kilomètre. Et quel dernier kilomètre !

Si la pente avait été douce comme un crépuscule d’été jusque-là, le dernier kilomètre était beaucoup plus raide, un peu comme si on avait profité de la nuit pour nous glisser le Ventoux sous les roues. Croyez moi ou non, on y voyait tellement rien que je me suis arrêté plusieurs fois pour demander à google map de me dire à combien j’étais de l’hôtel. Et là j’ai pensé à Nicholson et Shining… J’ai fini par apercevoir les lumières, à quelques dizaines de mètres, François était arrivé depuis quelques minutes, Simon et Didier arrivèrent peu après moi. Il était 18 heures 30, et au final nous avions fait 36 kilomètres et 1 600 m de dénivelé, ce qui était prévu ! Gin tonic alcoholic ! Avec des vrais bouts de très beaux sentiers comme on les aime, joueurs par endroits, techniques ailleurs et souvent rapides.

Une dégustation de Priorat et un repas plus tard, nous pouvions goûter d’un repos mérité et d’une nuit réparatrice (ce qui est sur la trace reste sur la trace, hein, c’est comme la tournée des musiciens). En attendant le lendemain pour découvrir le paysage masqué par la nuit à notre arrivée…

Au matin, grand soleil, une montgolfière au loin vers les Pyrénées qui s’étalent devant nos yeux dans une largeur inédite, du Puigmal au Canigou, ça caillait sec mais le petit-déjeuner était à la hauteur. Et nous voilà repartis pour une soixantaine de kilomètres de méandres pour rejoindre la voiture. Nous sommes vite grimpés sur le dos de l’épaule qui surplombait le sanctuaire pour rouler un moment sur son sommet afin de rejoindre un petit col et entamer par la route une nouvelle ascension jusqu’au Far, point de vue unique sur la région à plus de 180°, le temps d’un kawa serré sous le soleil. Le sentier d’après nous ramenait presque sur nos pas, mais il aurait été dommage de couper ! Après une première partie ultra-fluide dans la forêt (au détriment de Simon « Gin tonic Alcoholic » qui s’offrait à l’arrêt in, OTB en toute discrétion) le sentier s’approchait dangereusement du bord de la falaise de la centaine de mètres de vide qu’elle créait au bord de mon ancien vertige.

Ride with a view

J’ai dû me résoudre à marcher une petite centaine de mètres par crainte de faire une erreur, mais c’était super-beau, et impressionnant. Nous avons ensuite emprunté une piste qui continuait de nous régaler de paysages en bord de falaise pendant que le soleil jouait à cache-cache cache avec les nuages. À 13 heures, gavés d’images, nous avions cependant faim et décidâmes d’une pause repas rapide, poulet saucisse frites avec un coup de rouge et nous voilà repartis vers Rupit et un nouveau poussage. Là encore, le temps jouait contre nous et nous étions loin de l’horaire indicatif que m’avait indiqué Kolo. Nous étions à 15 heures au point où il aurait fallu être à midi pour espérer terminer le parcours avant la nuit. Mais heureusement, Kolo nous avait fourni une coupe exigeante mais belle.

Nous poursuivions donc sur la trace jusqu’à cette bifurcation salvatrice par un régal de bouts de pistes, bouts de sentiers, quelques erreurs de navigation, des dizaines de clôtures ouvertes puis fermées pour arriver en haut du Cami del Rey, (on le saura plus tard, à 500 mètres de l’endroit où nous avons dormi) ! Et là, pour la dernière descente, poussés par la nuit grignotant la luminosité sans remords, nous nous glissâmes dans la trace avec souplesse et prudence, le couvert de feuilles mortes posé sur des dalles rendues humides par la saison ne nous inspirant qu’une confiance modérée. Deux trois jardinages plus tard, nous avons fini par retrouver les voitures, je mentirai si je disais qu’on y voyait clair.

Un loooong ride en crête, depuis le far, tout à droite.

Et vous savez quoi ? Va falloir qu’on y retourne, parce que le coin est très beau, les sentiers magnifiques à rouler et qu’il y en a visiblement beaucoup !

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3 Responses to Un tour dans les Garrotxes (gin tonic ~ alcoholic)

  1. Yves says:

    Ah ça y est ça r’commence ! 🙂
    A te lire un de ces jours, ou à rouler qui sait.

  2. Denis says:

    Beau récit Yann, des virées qui donne envie !
    A bientôt.

Répondre à yann Annuler la réponse

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3 Responses to Un tour dans les Garrotxes (gin tonic ~ alcoholic)

  1. Yves says:

    Ah ça y est ça r’commence ! 🙂
    A te lire un de ces jours, ou à rouler qui sait.

  2. Denis says:

    Beau récit Yann, des virées qui donne envie !
    A bientôt.

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